Midi Minuit Fantastique Vol. 2

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La cinéphilie ne date pas d’hier. Depuis des décennies, des passionnés, des journalistes, ou les deux, ont rencontré, interrogé, retrouvé ceux qui ont fait le cinéma, pour mieux comprendre comment certains chef d’œuvre ou nanars avaient été conçus. Depuis quelques années, Nicolas Stanzick s’intéresse au cinéma fantastique et son traitement dans la presse française dans les années 60*. En 2008, il avait consacré un livre entier à la Hammer Films et la réception de leurs films en France, Dans les griffes de la Hammer. Le livre était agrémenté de nombreux témoignages comme celui de Michel Caen, créateur de Midi-Minuit.
Depuis l’année dernière, il dirige la réédition de l’intégrale de Midi-Minuit Fantastique, sous la forme de quatre volumes dont le deuxième vient de sortir, couvrant la période allant de 1963 à 1965. Mais il ne se contente de rééditer les textes qui ont fait la réputation de la revue. De nombreuses et nouvelles photos sont ajoutées, d’autres sont rescannées et nettoyées, voire proposées pour la première fois en couleurs. Un travail titanesque pour un résultat parfait.

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Les textes permettent de mieux saisir comment certains films étaient reçus (et perçus) à l’époque, comme Dr No, premier James Bond. On n’évite pas parfois une certaine naïveté mais on découvre aussi combien la curiosité des rédacteurs était insatiable, comme ces comptes rendus de visites en Belgique pour y découvrir des films inédits en France. Ainsi, Rendez-vous avec la peur, projeté à Bruxelles en 1963, réalisé six ans plus tôt, et qui reste alors inédit dans l’Hexagone.

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Et il y a bien évidemment les entretiens avec Riccardo Freda, Terence Fisher (par Bertrand Tavernier), Roger Corman. Et des textes signés Robert Hossein (sur le film d’horreur), Jacques Champreux (scénariste pour Franju, évoquant la création du Judex) ou Yves Boisset (sur la série TV Rocambole).
Mais comme pour le premier volume, ce livre renferme aussi son lot d’inédits, et outre une préface signée Barbara Steele, on trouve un article passionnant sur un projet de film d’animation, Dracula et le montreur d’ombres, imaginé par Jean Boullet, assisté de Philippe Druillet. Nicolas Stanzick mène l’enquête tel un archéologue du cinéma pour retrouver les traces de ce film inachevé. Sans doute le chapitre le plus passionnant de ce second volume.

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* Quand d’autres s’intéressent à la place de la science-fiction à la télévision française dans les années 70-80.

Un dvd est également inclus, d’une durée de 2h30. Si sur le premier volume, les documents provenaient majoritairement de la télévision française, ici, place au court-métrage, avec plusieurs raretés et notamment Fantasmagorie, avec Edith Scob. Chaque court est présenté par Nicolas Stanzick.

Cinq courts métrages
Fantasmagorie – 40 min – N&B.
Un film de Patrice Molinard (1963).
Restauration HD à partir du négatif 35 mm (AFF du CNC, 2015).
Auteur des photos de repérage du Sang des Bêtes de Georges Franju (son beau-frère), Patrice Molinard réalise en 1962 un sommet du fantastique français. Un film de vampire avec Édith Scob en croqueuse d’enfants et Venantino Venantini dans le rôle d’un émule de Dracula, le tout dans une poétique Transylvanie val-d’oisienne. D’une beauté expressionniste à couper le souffle et d’une audace formelle constante, le film a laissé pantois Midi-Minuit Fantastique qui le défendit, dithyrambique, dans son n°3. Redécouvrir Fantasmagorie est un choc. Car pour le résumer d’une formule excessive mais néanmoins pertinente, voici peut-être le chaînon manquant entre Nosferatu, Vampyr et… Lost Highway !

FANTASMAGORIE-Patrice-Molinard-1963

La Prima donna – 10 min – N&B.
Un film de Philippe Lifchitz (1964).
Restauration HD à partir d’une copie 35 mm (AFF du CNC, 2015).
Splendeur et décadence de la Pasta, une chanteuse lyrique, et de sa rivale, Mlle Mimi, une cantatrice qui, affublée d’une double tête, chante en stéréo… Raconté du point de vue de la presse people des années 1960 avec un montage photos digne de La Jetée de Chris Marker, porté par la présence de Nelly Kaplan et la voix off de Jacques Dufilho, La Prima Donna prolonge toute une tradition fantastique française, entre loufoquerie, surréalisme, absurde et merveilleux. Philippe Lifchitz, alors codirigeant d’Argos Films et producteur de Resnais, Godard ou Varda, réalisait ici son troisième et ultime court métrage. Séduit par le film, son ancien collaborateur sur XYZ, Jean-Claude Romer, lui offrit la couverture du numéro 9 de MMF en 1964.

Vampirisme – 13 min – N&B.
Un film de Bernard Chaouat et Patrice Duvic (1967).
Numérisation 2K à partir d’une copie 35 mm (Arane, 2015).
Un pastiche de reportage ORTF façon enquête sociologique sur les vampires, avec un casting épatant : l’écrivain Claude Seignolle ; le spécialiste des fées Pierre Dubois ; les peintres lettristes Roland Sabatier et Micheline Hachette ; des figures excentriques du cinéma français comme Jean Benguigui ; le comédien Michel Beaune ; le réalisateur Pascal Bonitzer ; l’auteur des surréalistes couvertures de la revue Fiction, Jean-Claude Rault ; l’historien du cinéma Jean-Pierre Bouyxou, et les plumes midi-minuistes, Alain Le Bris et Raphaël-G. Marongiu. Défendu dans le n° 17 de MMF, le film a obtenu le prix du court métrage lors du tout premier festival de Sitgès, en 1968.

Satan bouche un coin – 10 min – Couleur.
Un film de Jean-Pierre Bouyxou et Raphaël-G Marongiu (1968).
Diffusé le 7 janvier 1969.
Fantômas a bel et bien existé ! Jean-Pierre Bouyxou l’a retrouvé alors que l’Insaisissable menait une scandaleuse carrière d’artiste à Bordeaux sous le nom de Pierre Molinier. Sa marotte d’alors : le travestissement, conçu comme la transgression suprême et le moteur d’infernales bacchanales… Film surréaliste, fétichiste et expérimental, le premier coup d’éclat cinématographique de Jean-Pierre Bouyxou (entamé avec R.-G. Marongiu) est un défi lancé aux règles du 7e art, du bon goût et de la morale. Un manifeste esthétique né de sa découverte du cinéma underground au coté d’Alain Le Bris, de MMF. Dans le rôle-titre, Molinier brille d’un charisme androgyne plus qu’inquiétant. Culte !

La Fée sanguinaire – 25 min – NB.
Un film de Roland Lethem (1968).
Restauration 2K à partir du négatif 16 mm (Cinémathèque royale de Belgique, 2015).
Deux anges débarquent dans les rues de Bruxelles, un bidon à la main. À l’intérieur, une fée qui collectionne les conquêtes mâles comme autant de trophées sanglants… Anar, dérangeant et d’un féroce humour noir qui le fit adopté par les situationnistes, La Fée sanguinaire a été réalisé en plein Mai 1968 par le correspondant belge de MMF, Roland Lethem, l’homme qui fit découvrir en Europe le cinéma de Suzuki et de Wakamatsu. Le film connût une carrière en festival riche en scandales répétés et enthousiasma MMF qui le défendit dans son n°22. Ce coup de maître lança la réputation sulfureuse du « plus japonais des cinéastes belges ».

Cinq bonus
Fantasmagorie, un rêve de cinéma
d’Erwan Le Gac et Nicolas Stanzick (20 mn – 2015)
Dracula n’est jamais vaincu
de Patrice Molinard (2 mn – 1962)
Fantasmagorie : scène coupée
de Patrice Molinard (1 mn – 1963)
Les Midi-Minuistes font du cinéma
d’Erwan Le Gac et Nicolas Stanzick (20 mn – 2015)
Présentations
de Nicolas Stanzick (12 mn – 2015).

Posted by Jerome   @   30 décembre 2015 0 comments

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