Il était une fois en Amérique : la restauration du film

Filed in Montage inédit , restauration , scènes inédites 6 comments

Entre vouloir honorer la mémoire de Sergio Leone en proposant le montage d’Il était une fois en Amérique tel qu’il l’avait conçu, et les contraintes techniques d’un tel projet, il y a un fossé qu’il est parfois difficile de franchir. En annonçant voici près de deux ans vouloir remettre 40 minutes dans le montage du film pour finalement n’en mettre que 25, la famille Leone semble s’être heurté à quelques problèmes techniques.
Le montage préféré de Leone durait plus de quatre heures, explique Scorsese dans le dossier de presse. « Il a dû faire de douloureus coupes lui-même, pour ramener le film à 3h49 en 1984. Mais finalement, aujourd’hui, le matériel de certaines sections manquantes a été localisé et réinséré dans le film sous la supervision de la famille Leone et de ses collaborateurs encore parmi nous.”
Il semble donc que tout n’a pas pu être retrouvé ou exploité, faisant de ce nouveau montage une version plus proche des intentions du réalisateur mais pas le montage espéré voici deux ans. D’ailleurs, Scorsese ne cache pas son souhait d’y revenir un jour, dans l’interview accordé samedi dernier dans Le Monde : “Là, nous avons retrouvé ces vingt minutes auxquelles j’espère ajouter plus tard vingt autres minutes. Quand vous aimez vraiment un metteur en scène, vous voulez tout voir d’un film. Vous voulez, par exemple, visionner les vingt minutes de 2001 : l’odyssée de l’espace coupées au montage, même si c’est Stanley Kubrick lui-même qui les a retirées. Dans le cas d’Il était une fois en Amérique, je sais que Leone voulait que ces vingt minutes soient rétablies.”
On pourrait bien sûr crier à l’opportunisme, à un vulgaire procédé marketing, mais Scorsese est l’un des rares à s’intéresser à la préservation des oeuvres et ce serait lui faire un faux procès.

Gian Luca Farinelli, le directeur de la Cinémathèque de Bologne, déjà responsable des magnifiques restaurations de la trilogie de l’Homme sans nom (malheureusement réservées au marché italien) explique comment ils ont procédé pour réintégrer les scènes coupées : “Les images de début et fin des scènes coupées nous ont permis de déterminer leur place exacte avant qu’elles ne soient coupées et le nouveau montage fait 4 heures 15 minutes.”

« La restauration et le remontage du film se sont faits en Italie, » explique Davide Pozzi, directeur du laboratoire L’image retrouvée (L’Immagine Ritrovata). « Aujourd’hui, le négatif du film ainsi que d’autres éléments sont conservés à Los Angeles dans les coffres de la 20th Century Fox. Le négatif a été scanné en 4K au Warner Bros. Motion Picture Imaging (MPI et les fichiers ont ensuite été récupéré par notre laboratoire où une complète restauration numérique a été faîte, image par image. La phase plus longue et délicate de cette restauration est sans aucun doute la correction des couleurs, afin de recréer l’atmosphère de suie et de fumée des années 20 et 30, et celle plus froide de la fin des années 60. Comme référence, nous avons utilisée la copie positive appartenant à Martin Scorsese et qui est conservé au MoMA de New York. Nous avons aussi profité de l’expérience et des souvenirs de nombreuses personnes ayant travaillé avec Sergio Leone sur le fil .Le principal challenge fut le désir de réintégrer les scènes coupées par Leone. Un groupe de recherche a travaillé de nombreux mois à cette tâche. Remerciements spéciaux à Franco Ferrini, l’un des scénariste qui nous a fourni le scénario de tournage, qui fut notre principal référence pour l’insertion des scènes coupées, ainsi que le producteur exécutif Claudio Mancini, les monteurs Patrizia Ceresani et Alessandro Baragli, ainsi qu’à l’assistant de Sergio Leone, Fausto Ancillai. Ces scènes étaient d’ailleurs considérées comme perdues. Et techniquement, l’homogéinité de ces scènes était notre plus gros problème, car les négatifs de ces scènes n’existent plus. Les seuls matériels disponibles étaient des copies positives qui avaient été très mal conservées. Plus difficile encore, ces copies avaient été tirés sans aucun soin particulier car il s’agissait de copies de travail pour les assistants monteurs et monteurs sons. Les images dans ces bobines étaient très abîmées, pas seulement à cause des pauvres conditions de préservation mais aussi par leur utilisation comme copie de travail. 

Il reste bien évidemment de nombreuses zones d’ombre sur les éléments retrouvées et restaurés, et le dossier de presse tend parfois à se contredire, faute de précisions. Comme on pouvait s’y attendre, la présentation à Cannes s’est faîte dans une certaine indifférence, comme trop souvent avec les merveilles présentées à Cannes Classics mais on peut espérer en savoir davantage lors d’une exploitation future de ce montage, à commencer en juin lors de sa seconde présentation, lors du festival de Bologne. On y reviendra.

Posted by Jerome   @   21 mai 2012 6 comments

6 Comments

Comments
mai 21, 2012
16 h 28 min
#1 Fred :

On a quand même eu droit à un De Niro visiblement très ému avant la montée des marches…

Trackbacks to this post.
Leave a Comment

Previous Post
«
Next Post
»
Delighted Black designed by Christian Myspace In conjunction with Ping Services   |   French Teacher Jobs   |   Maths Teacher Jobs