© Kenneth George Godwin
Sur ce blog, j’aime vous parler de documents rares, récemment redécouverts ou à venir, mais j’aime aussi évoquer des choses à jamais perdues dont il ne reste que quelques traces ici et là. C’est le cas du Making of Dune. Si récemment, les films super 8 de Sean Young ou une interview audio croisée de David Lynch et Frank Herbert ont été mis à jour, le making of de Dune demeure aux abonnés absents.Film captivant par ses faiblesses et ses défauts, le Dune de David Lynch fut amputé par Dino et Raffaela De Laurentiis durant la post-production ramenant le montage de Lynch de trois à deux heures. Mais le tournage proprement dit qui se déroula pendant plus de six mois au Mexique fut également une aventure douloureuse pour le réalisateur. De ce tournage marathon, il ne reste rien ou presque en terme d’images. Pourtant, dès le départ, une équipe de deux personnes fut engagée pour suivre en vidéo les coulisses du film. A partir de leurs images fut montée une courte featurette de six minutes à destination des exploitants de salles, un document disponible sur les dvd français et anglais.
Paul Sammon (futur auteur du livre Future Noir, la bible sur Blade Runner) était en charge de la publicité du film auprès d’Universal à cette époque. Il me répondit ceci lorsque je lui demanda où étaient les rushes des six mois de tournage, au moment où je travaillais sur les bonus du dvd français :
« Godwin et Pacanowsi ont tourné pas mal de vidéos. A la fin du tournage, toutes les bandes ont été rappatriés par le studio. Mais quand Dune est sorti et a été un énorme flop, Universal a détruit les bandes en les jetant ou en les effaçant. Je le sais car j’ai passé des mois à rechercher ces bandes en 1984-1985 avant de découvrir ce qui était arrivé. Inutile de dire que je fus catastrophé. »
“Godwin & Pacanowski did indeed shoot a lot of video. All these tapes were turned in to the studio before the film came out. But once Dune was released and became a box-office flop, the studio destroyed all the tapes by either throwing them away or by “blacking” them. I know this because I spent months looking for these tapes back in 1984/1985 before I discovered what had happened to them. “‘Needless to say, I was very disappointed!’


Aujourd’hui, l’un des deux responsables de ce Making of, Kenneth George Godwin, a mis en ligne son journal de bord lors du tournage au Mexique. On y apprend que c’est sur la seule foi d’un article qu’il avait écrit sur Eraserhead que David Lynch l’engaga pour suivre le tournage du film, Godwin n’ayant aucune expérience audiovisuelle.C’est un fascinant témoignage sur ce tournage étrange, pas totalement maitrisé au niveau de l’organisation, où John Dykstra en charge des effets visuels quitte le film après 90 jours de tournage, faute de n’avoir jamais pu signer le moindre contrat. On y découvre que Godwin envisage un documentaire d’un heure sur Lynch sur le plateau alors que Rafaella De Laurentiis y voit surtout le moyen de faire de la publicité autour du film. Les malentendus se succèdent et Godwin et son acolyte Anatole Pacanowski n’ont même pas de caméra alors que le tournage du film a déjà débuté. Eux qui veulent tout filmer en 16mm se retrouvent à filmer en Recam, un format inventé par Panasonic à l’époque et utilisant des VHS mais avec une vitesse six fois plus rapide, donnant une meilleur qualité d’image. Les VHS de 120 minutes n’en durent que 20 au final et le format est le direct concurrent de la Bétacam de Sony, dérivée du Bétamax (Pour plus d’infos sur le Recam, je vous renvoie à l’article mis en ligne par Kenneth George Godwin sur son site). Godwin assiste au naufrage progressif du film pendant les longs mois au Mexique, se fache avec Anatole Pacanowski à plusieurs reprises, commet des erreurs techniques rendant certaines cassettes inexploitables. Pourtant, certaines interviews décrites dans ce journal de bord laissent rêveur. Dommage qu’avec la disparition de ces bandes (75 heures au total), la réalisation d’un vrai et long documentaire sur la production tumultueuse du Dune de Lynch paraisse aujourd’hui hautement improbable.

© Kenneth George Godwin

© Kenneth George Godwin
20 h 45 min
Sadique !